Jusqu'alors brillant, OPETH ne dépareille pas. « The Watershed » entité
lumineuse en clair-obscur, mêle bien qu'évolutive, son aura à l'impératif de qualité qui affecte chaques travaux entrepris depuis le mémorable Orchid de
1995. Le faux pas discographique, (quasi)incontestable jusqu'ici, rajoute une pierre à son édifice ; une solide construction rénovée et entretenue depuis l'album Still Life (luxueusement réédité cette année) aux bons soins d'un prodigieux line-up, parvenant à imprimer puissance et remontrances progressives à leur Death pour
l'embellir, le magnifier, le sublimer.
L'enjeu, au fond, résidait dans les capacité du groupe à surnager après les douloureuses amputations infligées
suite aux départ de Martin Lopez et Peter Lindgren, respectivement remplacé par Martin Axenrot (Bloodbath) à la batterie et Fredrik Äkesson (ex Arch Enemy) au poste de second
guitariste.
L'écoute première du disque renvoie à un constat presque mitigé sur le plan de l'accroche car bien que la veine qualitative éclate
immédiatement aux yeux (ou aux oreilles), l'effet de surprise occasionné par le rendu sonore désarçonne de prime abord. L'identité musicale qui personnifie habituellement la bête se désagrège et
mute... Pour autant, l'assise formelle se perpétue dans un authentique jumelage entre tendresses acoustiques d'une part et rudesses toutes électriques de l'autre ; même si avouons-le, le
second visage, celui de l'âpreté, reste minoritaire sur cet opus. Simplement, le jeu n'est plus à l'identique. Il gratifie les compositions d'une parure légèrement folk, d'une fraîcheur qui
finalement, s'apprivoise dans la durée.
Äkerfeldt, plus que jamais, exprime ses possibilités vocales en clair, explore au détour d'un couplet, un chemin
de traverse qui le guide vers des intonations prog et avant-gardiste, cajole les âmes sensibles sur « Porcelain Heart » (sublime), délivre quelques
lignes de chant que n'aurait pas renié le précédent « Ghost Reveries » et se voit même épauler d'un délicat chant féminin sur l'introductif mais au
combien appétissant « Coil » (élément suffisamment inédit pour être mentionné). Les élans purement death, gravement maîtrisés et concis,
transparaissent uniquement sur les 2nd, 3ème et 6ème titres et apportent paradoxalement l'aération nécessaire. Membre officiel depuis 2005, Per Wiberg tisse au
gré de claviers majestueux, une toile aux accents gothiques prononcés. Les nombreuses nappes et les quelques notes qui fébrilement viennent se perdre au milieu du dédale progressif, diffusent un
bleu feutré qui rejaillit sur un ensemble en quête de hauteur. Technique dans les instants les moins tourmentés, impérial quand la fureur death reprend le dessus, le batteur distille proprement
son jeu. Le nouveau guitariste, semble quant à lui avoir construit son nid mais ne résistera cependant pas à la tentation du solo. Quelques effets épars complètent çà et là, un tableau musical
pour le moins coloré.
Emotionnel, ambitieux et beau, « The Watershed » joue sur les contrastes. Sa coiffe,
bizarrement, n'est peut être pas celle que l'on attendait. Assumant sa frange et ses quelques épis, il préfère dépeindre aujourd'hui les contours d'un visage neuf. Celui que portera OPETH en 2008.
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