KRUGER: Interview Hellfest

Auteur d'un troisième album (Redemption Through Looseness) salué par la critique, les Suisses de KRUGER qui oeuvrent dans un Metal Hybride et Pachydermique n'étant pas sans rappeler des groupes aussi divers que Breach, Entombed, Tool ou encore Neurosis, étaient donc au rendez-vous de cette édition 2008 du HELLFEST. C'était l'occasion idéale de leur poser, en toute sérénité, quelques questions pour en savoir plus sur eux!



Dans un premier temps, est-ce votre premier grand festival en France ?
Kruger (Reno) : Le premier, en quelque sorte oui et non. Nous avions déjà joués en 2005 au Fury Fest. C'était d'ailleurs sur la grande scène, à midi. Là on joue sur la Discover Stage à 20h.
Kruger (Raph) : C'est souvent comme ça, quand on rejoue quelque part, on joue sur une scène plus petite (Rires) !
Kruger (Reno) : (Souriant) C'est plus underground ! Mais sinon c'est vrai qu'à part le Fury Fest il y a trois ans, on a pas fait tant de festivals que ça.
Kruger (Raph) : On a quand même fait le Printemps de Bourges.
Kruger (Reno) : C'est vrai, c'est vrai, mais ce n'est forcément ce que l'on peut appeler un festival trés "métal".


C'est en effet bien plus éclectique!
Kruger : Exactement. Nous allons aussi faire un festival à Doux dans pas longtemps, et dans un registre un peu plus métal, le Brutal Assault en République Tchèque. Pas si loin hein ? (Rires général).


Vous allez jouez dans un festival avec une sacré bonne affiche alors. Et une excellente ambiance, non?
Kruger (Reno) : Tout à fait. En plus là bas, tu as NEUROSIS qui est quand même une de nos influences majeures. Et puis c'est un festival assez heavy. Enfin on écoute du Hard et on fait du Hard mais on est pas tous des hardeux à fond, à par Raph notre batteur qui lui est indécrottable.
Mais c'est vrai que le Hellfest c'est déjà une expérience sociologique assez forte pour nous dans le sens où tout le monde est vraiment "fou jusqu'au cul".


C'est aussi mon avis. Par ailleurs, je remarque que les festivals dit "métal" sont de moins en moins centrés sur un seul type de métal. On trouve par exemple au Brutal Assault des groupes comme THE OLD DEAD TREE à côté de CARCASS !
Kruger (Reno) : Je suis d'accord, c'est une bonne chose d'avoir une diversité musicale dans les festivals.
Kruger (Raph) : Ouai c'est un truc que je trouve super cool au Hellfest en fait, c'est d'avoir des groupes trés rock comme DANKO JONES à côté de trucs super bourrins!


Et même folk avec ELUVEITIE !
Kruger : Ouai avec des violons, c'est assez dingue : tu te ballades dans le fest et t'entends ça, t'es vraiment surpris.
Kruger (Reno) : Par contre ce que je trouve trés bien au Hellfest c'est qu'il n'y ait pas trop de vieux heavy-metal comme tu en vois tant dans les festivals allemands, comme le WACKEN. 
(Avec le sourire) Enfin ne te méprends pas hein, j'adore les trucs heavy, comme Scorpions ! Je me trompe les gars ?
Kruger (Raph) : (Souriant) Moi j'aime bien Painkiller. Niveau heavy d'ailleurs je préfère le chant à la Judas Priest.


Sinon, vous avez signez sur le label LISTENABLE RECORDS pour votre dernier album Redemption Trought Looseness. Avant vous étiez sur RRRecords...
Kruger (Raph) : Ouai une bande de toccards, on les a quittés ! (Rires)
Non en fait c'est un label qu'a monté Reno lui même pour sortir nos deux premiers albums.
Kruger (Reno) : Hm, en fait le premier album (Built For Speed) est relativement inconnu au bataillon . 
Pour le deuxième (Cattle Truck) on a eu plus de retours. On avait fait déjà quelques concerts en France, donc en quelque sorte le public était un peu plus au courant de cette nouvelle sortie.


Il y a eu pas mal de bonnes chroniques sur ce deuxième album d'ailleurs, ça a dû vous aider à vous faire connaître non ?
Kruger : Bien sûr, ça a commencé à se répandre avec le deuxième album d'un point de vue popularité. Mais il faut bien avouer que avec le dernier album, on bénéficie d'une véritable distribution. Même à Singapour je crois !
Kruger (Raph) : C'est le jour est la nuit avec LISTENABLE.
  On a un accés direct à la promotion de l'album, à une distribution partout en Europe, et puis ils nous aident aussi pas mal pour trouver des dates grâce à une véritable équipe de tournage.
Kruger (Jack) : En fait c'est la première fois qu'on bénificie d'une structure traditionnelle. Par exemple le côté trés pro pour organiser les interviews.


Ca doit être forcément moins artisanal que dans le passé où chacun doit se démener pour booker des dates...
Kruger (Reno) : Ouais, maintenant il n'y a plus qu'a se baisser pour ramasser les millions de dollards (Rires) !
Kruger (Raph) : Des milliards même !


A l'écoute du dernier album, j'ai eu l'impression que vous avez changer au niveau du style, et que vous avez un peu délaissé les compos alambiquées pour vous consacrer sur quelque chose de plus aggressif. Même s'il on garde cette finesse propre à Kruger. Avec des éléments presque hardcore, au niveau des breaks. Je me trompe ?
Kruger (Raph) : Disons que le précédent album possédait un majorité de morceaux mid-tempos. Il y a avait une ambiance dans les compos trés pesante.
Kruger (Reno) : Alors que le nouvel album est plus rapide. On ne fait pas du speed-métal, mais il y a une nette accélération du tempo par rapport au second album.


Mais malgrés l'accélération générale, vous avez gardé pas mal de breaks sur Redemption... Plutôt dévastateurs !
Kruger (Reno) : Oui parce l'on met plus en avant l'aspect "rentre dans ta face".
Kruger (Raph) : Du coup, l'album est forcément plus accessible, avec en plus des structures moins à tiroirs. C'était bien moins carré sur nos anciennes compositions.


Cela résultait-il du fait que vous vous cherchiez encore ?
Kruger (Raph) : (Sourire) Je pense que l'on se cherche toujours !
Kruger : Avant c'est vrai que l'on étais surtout affilié à des groupes comme ISIS, CULT OF LUNA ou NEUROSIS. Alors on s'est dis qu'on allait faire quelque chose de plus construit, plus direct.
Kruger (Raph) : Mais je crois que c'est venu surtout naturellement. Les compos étaient telles qu'elle, et c'est venu d'un constat.
Kruger (Reno) : L'album précédent, avec ses développements qui n'en finissaient pas...Nous avons essayé de les rendre plus concis.


Si je comprends bien, vous avez tenté  avec ce dernier album de faire une synthèse de tout ce que vous aviez expérimenté auparavant.
Kruger (Reno) : Voila, c'est ça. Je ne trouve pas que le dernier soit moins torché que les deux autres, mais dans cette scène il y a tellement de groupes qui ont voulu déveloper des ambiances, qu'à force, ça à tendance à trainer en longueur, et peut être également en intêret pour l'auditeur. Lors des nouvelles compositions, lorsque des idées plus rentre-dedans sont apparues, on s'est dit que c'était probablement mieux comme cela. On a préféré une approche frontale que de se perdre dans les méandres d'un je ne sais trop quoi.
Kruger (Raph) : Et puis il faut bien avouer que sur scène, il y a un côté plus prenant, plus intense qu'avant.


Vous craigniez de trop privilégier les ambiances ? Il est vrai qu'il est parfois difficile pour le public de rentrer dedans lors d'un concert.
Kruger (Reno) : Disons que lors d'un concert, c'est quitte ou double avec cette approche.
Kruger (Jack) : T'as ceux qui adhèrent totalement et qui vont trouver ça monstrueux, et puis d'un autre côté tu vas avoir les autres qui se cassent parce qu'ils vont se mettre à bailler.
Kruger (Reno) : Je pense qu'il y a effectivement deux options. Sur les morceaux du dernier album, il y a un côté plus efficace sur scène.
En même temps sur scène, on perd forcément un petit peu par rapport à l'album, qui est plus complexe. Donc c'est à double tranchant : c'est plus accessible, mais bon...


Vous tentez d'alternez entre les différents albums pour mélanger ambiance et efficacité alors ?
Kruger (Raph) : On apprécierait mais tu vois, on joue souvent en ouverture de festivals, et nos set tournent aux alentours de 40min.
Donc quand tu veux placer une ou deux chansons de 7 à 8 minutes, il ne te reste plus beaucoup de temps pour jouer les morceaux du dernier album. Donc la plupart du temps on est obligés de privilégier totalement le dernier album, alors qu'on aimerait bien aussi en jouer des autres. C'est un choix difficile parce qu'il y a de chouettes morceaux sur  'Cattle Truck' et 'Built For Speed' mais le temps joue souvent contre nous.


La solution serait-elle d'écourter les chansons pour le prochain album ?
Kruger (Jack) : (Sourire) Ouai ! On va faire du Punk-rock et des chansons de 2 minutes !
Kruger (Raph) : Enfin plus sérieusement...
Kruger : (Rires) Ah l'adolescent se rebelle !
Kruger (Raph) : Ouai ! Enfin je pense que comme l'on dit les autres, c'est une question de choix.


Mais pour les nouveaux morceaux, comment abordez-vous les compositions ?
Est ce que vous faites un grand jam et vous voyez ce qu'il en ressort ?
Kruger (Jack) : On fait ça chanson par chanson. On arrive pas avec des idées prédéfinies en répèt. C'est plus quelqu'un qui balance une idée, et puis les autres s'y raccrochent et on tente de construire quelque chose autour. C'est vraiment quelque chose de commun comme processus.
Kruger (Raph) : (Sourire) On peut presque parler de jam construit en fait. On part assez rapidement sur des petits détails avant d'aborder uen espèce d'idée générale.
Kruger (Reno) : (Sourire) C'est vrai qu'avec ce processus, on est un des groupes les plus longs à composer.
Le souci du détail sans doute. Cette finesse dont tu parlais, ça doit être ça.
Et puis comme on est toujours dans une logique de concerts c'est difficile. Tu as des groupes qui prenne un break d'un mois, en trois semaines ils te sortent un album, il l'enregistre et puis il est magnifique. Nous, ça prend des mois. On navigue un peu en aveugle, vu que l'on compose morceau par morceau. Donc ca prend du temps.


Vous n'êtes d'ailleurs pas les seuls à prendre beaucoup de temps pour sortir un nouvel album. TOOL par exemple mais souvent quatre ans, et si l'on regarde CELTIC FROST, leur dernier album a quand même mis quinze ans pour voir le jour !
Kruger (Raph) : (Rires) Ouais, d'ailleurs on peut déjà te dire que le prochain album sortira dans environ quinze ans !
Kruger (Reno) : Et puis après le suivant, pour mes cinquantes ans ! Un super argument marketing non ? (Rires)


Bon alors une question qui fache. Les vagues musicales récentes comme le metalcore ont-elles une influence quelconque sur le groupe ? Comment percevez vous les groupes qui se laissent tenter par la facilité de suivre les vagues qui vendent ?
Kruger (Blaise) : (Catégorique) On s'en fout totalement. Nous on compose du Kruger et les nouvelles vagues n'ont pas d'effet là dessus.En ce qui concerne la tentation, je trouve ça pitoyable... Quand dix milles groupes pitoyables copient dix milles groupes pitoyables, et bien qu'ils restent comme tel.Ce sont justes de bons business-mans quoi!
Kruger (Raph) : Enfin pour faire simple, on compte pas révolutionner la musique, mais on ne se soucie pas des vagues dans les courants du métal pour en profiter. Rien à foutre.
Kruger (Reno):  (Sourire) Que notre musique soit influencée par un tas de trucs que l'on aime, c'est clair. On essaye de faire un truc bien c'est tout. D'ailleurs moi mes influences sont des trucs assez vieux !
Kruger (Blaise) : Moi j'aime bien Opeth, et des trucs de Grindcore dans une moindre mesures.
Et puis on aime quand même pas INDOCHINE...
Kruger (Reno)  : (Souriant) Non mais faut qu'on t'expliques. Hier soir on a conduit pendant des heures et on a mis radio Nostalgie. Entre 20h et minuit c'est spécial années 80. Et y a eu INDOCHINE...
Kruger (Blaise) : Enfin pour en revenir à ta question, on est quand même trés fier de ne pas suivre justement les vagues. On a notre propre identité, et on tient à la garder !Kruger (Reno) : De toute façon ça fait des années qu'on a arrêter d'espérer gagner plein d'argent et trouver des filles avec le rock'n roll. Donc la on fait vraiment de la musique pour se faire plaisir.
Kruger (Raph) : Enfin les filles ça va.
Kruger : Oui, mais quel genre de filles ! (Rire général)
Kruger (Reno) : De toute façon avec l'âge, on se concentre bien plus sur le fun que l'on a à jouer. On a passé les dix-huit ans !Moi j'ai deux fois dix-huit ans !
Kruger : Et Lemmy, il a combien de fois dix-huit ans ? On croirait qu'il vient de les avoir quand on le voit sur scène ! (Rires)


Sur le fest, vous allez voir des groupes ? Lesquels si oui ?
Kruger : Le problème c'est que pas mal de groupes que l'on voulait voir jouent dimanche, et on ne sera alors plus là. Et puis même quand on est là, avec toutes nos obligations concerts/interviews, on n'a pas vraiment de temps pour aller voir les concerts. C'est dommage parce que la moitié des groupes facilement nous intéressaient. Comme KATATONIA, OPETH, MESHUGGAH, SLAYER, MOTORHEAD, CULT OF LUNA, tellement de groupes !
Kruger (Reno) : Je suis d'ailleurs admiratif devant les festivaliers qui enchainent un si grand nombre de groupes. Nous on joue quarantes minutes. Forcément, c'est moins long et moins fatiguant !
Kruger (Blaise) : Tu les apprécie forcément moins à leur juste valeur. Garder sa concentration sur une longue durée, c'est carrément le parcours du combattant.
Kruger : Le groupe que l'on aurait tous été voir, c'est MOTORHEAD et KATATONIA, qui joue juste en même temps que nous... Heureusement tout de même que l'on ne joue pas en même temps que NEUROSIS, ça serait bien plus tendu d'un point de vue public.


Et lors de vos nombreux concerts, quels groupes vous ont impressionnés par leur gentillesse, leur professionnalisme ?
Kruger : (Unanimement) UNSANE. Un groupe qui a vingt ans de carrière, avec autant de sincérité et d'intégrité, franchement y'en as pas beaucoup!
Kruger (Raph) :  Tu montes sur scène, tu es en train de monter ta batterie, et il vient te filer un coup de main, alors que tu ne lui as rien demandé!
Kruger (Reno) : C'est l'antithèse de tous les poseurs que tu peux voir dans cette scène.
Kruger (Blaise) : Les mecs les plus honnêtes, les plus simples, vraiment quand tu vois ça, ca t'épates.
Kruger : Sinon t'as ISIS qui était super sympa, GOJIRA absolument adorables alors qu'ils ont beaucoup grossis, ils restent simples.


Un petit mot de la fin ?
Kruger : (Hésitation totale) Euh je pense que nous qui ne sommes pas trés doués pour ça, on devrait apprendre une citation de Nietzche.
(Rires) Trop cliché ! Allez merci à toi et bon Hellfest !


Site Officiel: http://www.kruger.ch/
MySpace Officiel: http://www.myspace.com/krugerband
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