PRIMUS + Guests (La Cigale- 22/06/2011)

 

Primus 2011

 

 

 

Un concert de PRIMUS dans notre pays est un évènement en soi, tant le groupe a eu tendance à nous oublier ces dernières années. Après une absence de plus de quinze ans (!!!); l'annonce d'une date sur Paris avait provoqué l'effervescence malgré le prix élevé des places : pour preuve, le concert affichait déjà complet trois jours après le début de la mise en vente des billets.
Après une longue file d'attente, je pénètre vers 20h30 dans une Cigale déjà bien bondée et découvre la scène, décorée de deux gigantesques cosmonautes gonflables trônant sur ses deux extrémités. Original et tout à fait à l'image du groupe. Au fil du temps la foule se fait de plus en plus compacte et les emplacements permettant d'apercevoir ne serait-ce qu'un petit morceau de scène se monnaient à la force des coudes. La Cigale offre une configuration qui n'est en fait pas très adaptée à ce type de concerts et je me prends soudain à regretter de ne pas avoir investi quelques euros supplémentaires pour avoir une place en gradins, d'autant que la température ambiante est très élevée!

Aux environs de 20h45, PRIMUS arrive donc et débute son show sur 'Those Damned Blue-Collar Tweekers', grand classique tiré de "Sailing The Seas Of Cheese". Sur cette excellente entrée en matière qui chauffe bien le public, on constate également que le son est très bon : pas besoin pour PRIMUS de faire cracher les décibels de façon outrancière pour donner un sentiment de puissance; leur jeu se suffit à lui-même. Sans boules Quiès, la qualité sonore est là et l'on discerne parfaitement les performances des trois membres du groupe. Sur les casques des cosmonautes sont projetées des boucles de petits films d'animation et de petites vidéos diverses, tout comme sur le dvd "Hallucino-Genetics". C'est un principe assez fantaisiste et décalé qui agrémente plutôt bien le show, d'autant que sur scène on ne peut pas dire que ce soit l'éclate totale. Chacun campé sur son côté, les deux experts du manche restent très statiques : Larry Lalonde reste les yeux vissés sur sa guitare et Les Claypool (évidemment très sollicité par son micro) se contente de faire quelques timides tours sur lui-même où carrément de tourner le dos au public. Mouais...on a déjà vu plus dynamique mais ce n'est pas scandaleux non plus.


Le groupe sortant un nouvel album à la rentrée (le premier depuis 1999), il était prévisible d'en avoir un avant-goût par le biais de deux ou trois titres. PRIMUS a péché par zèle sur ce point. Ce n'est pas moins de cinq nouveau morceaux (ainsi qu'une reprise de Tom Waits) dont nous aurons la primeur pendant le concert! Assez déconcertant de découvrir des nouveautés dans ce genre de circonstances, et d'autant plus frustrant qu'après tant d'années d'absence le public était bien plus demandeur de classiques. A voir la réaction de la foule lors des titres connus, nul doute que le groupe remportait davantage de suffrages lorsqu'il nous gratifiait de 'Frizzle Fry' ou du célèbre 'My Name Is Mud' que lorsqu'il interprétait ses nouvelles compositions.

Si un point négatif est à dégager de ce concert, c'est bel et bien ce choix de setlist; audacieuse mais déstabilisante. Sur les 14 titres joués (enfin...les 13,5 titres; j'y reviendrai plus tard); six étaient inconnus au bataillon et parmi eux peu auront marqué les esprits; à l'exception peut-être du sympathique 'Tragedy's A Comin' qui rappelait fortement 'Ballad Of Bodacious' et 'Tommy The Cat'. Autre point noir à signaler; l'extension parfois purement artificielle et inutile de certains morceaux comme 'Duchess And The Proverbial Mind Spread' qui m'a semblé interminable car gonflé par des solis longuets. Dans ce genre de moments je me suis dit qu'en se contentant de jouer les titres en live en parfaite conformité avec leurs versions studio, PRIMUS aurait pu caser bien d'autres classiques dans leur set.
En dépit de ce choix et d'un léger manque d'enthousiasme palpable chez les musiciens (peu d'interventions, attitude plate), on ne peut rester que pantois devant leur qualité d'exécution et leur maîtrise. Comme déjà signalé plus haut, le son était bien puissant sans être agressif; et le fait d'avoir entre-temps pu me faufiler dans les gradins m'a permis d'assister au concert dans des conditions quasi-parfaites. En milieu de set, Les Claypool apparaît coiffé d'un masque de porc et accompagné de sa contrebasse électrique, laissant présager une évidente interprétation de 'Mr Krinkle' ou du moins d'un certain nombre de compositions issues de "Pork Soda"...tout le monde se prépare...pour rien. Peut-être est-ce pour prendre son public à contrepied ou pour bien affirmer que le groupe ne délivrera jamais ce que l'on attend de lui, mais nous aurons droit à quelques nouveaux morceaux. La déception est de mise dans le public, qui commence à accuser un léger coup de mou.
Comme pour mieux rebooster son auditoire, on a enfin droit à trois classiques d'affilée (et non des moindres). La fosse réagit immédiatement au son de 'My Name Is Mud', 'Over The Electric Grapewine' et 'Harold Of The Rocks' enchaînés avec une précision somptueuse et une efficacité exemplaire.

Un grand moment (sans aucun doute le point d'orgue du concert) mais de trop courte durée puisque le groupe quitte la scène. Bon. On sait bien comment ça se passe, le «faux rappel», etc...on se doute bien qu'ils vont revenir nous jouer encore deux ou trois vieux titres pour finir le concert en apothéose. Retour prévisible du groupe, et 'Tommy The Cat' qui commence. La fosse bondit à l'unisson et scande le refrain d'une seule voix, véritablement chauffée à blanc par ce titre tant attendu. Vient le moment du break de basse au beau milieu du morceau qui mes laisse encore une fois bouche-bée par l'aisance et la virtuosité de Les Claypool, c'est tout bonnement génial. « Et soudain, c'est le drame ». Le break achevé, « Thank you, good night ». Quoi? Comment ça « Thank you, good night »? « Bon, ils maîtrisent bien le second degré chez PRIMUS, c'est une blague » me suis-je candidement rassuré. Que nenni, les lumières se rallument dans la foulée, au terme d'un rappel d'un demi-morceau. Primus joue-t-il avec ses fans? Se fout-il ouvertement de leur gueule? Aime-t-il susciter la frustration comme si celle d'attendre 15 ans de les revoir ne suffisait pas? Quelle que soit la raison de cette IVC (Interruption Volontaire de Concert); elle n'a laissé qu'une grande amertume pour tout le monde. 
D'un autre côté, le groupe jouait depuis environ 1h45, ce qui est une durée honorable. Cependant, alors que j'ai l'habitude de critiquer certains groupes pour leur manque d'audace dans le choix des titres joués (souvent trop faciles à anticiper); pour Primus j'aurais largement préféré un set faisant office de best-of plutôt que d'une «listening session» du nouvel album ou bien des «extended versions» des titres connus.

En conclusion, on peut rester dubitatif quant au contenu du concert mais pas un instant vis-à-vis de la performance exemplaire de ces incontestables professionnels de la musique (abstraction faîte de l'attitude scénique qui aurait pu être bien meilleure). Ce concert tant attendu était très bon, mais sans doute pas à la hauteur des espérances de chacun.



SETLIST :

1-Those Damned Blue-Collar Tweekers


2-Hennepin Crawler 

3-Duchess and the Proverbial Mind Spread

4-Frizzle Fry

5-The Last Salmon Man

6-Over The Falls

7-Tragedy's A Comin'

8-Jilly's on Smack

9-The Green Ranger

10-Big In Japan (Tom Waits)

11-My Name Is Mud

12-Over the Electric Grapevine

13-Harold of the Rocks

Rappel :

Tommy The Cat (moitié)

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